bougie

La toussaint est une période un peu difficile pour tout ceux qui ont perdu un être cher. Je n’en ai jamais parlé jusque ici et dans la vie en général aussi, j’essais de ne jamais en parler. Car tout le monde à ces soucis et ces peines, et à quoi bon la partager, vos interlocuteurs ou confidents, se sentent souvent tristes et démunis. Ne savent pas quoi dire et restent souvent muer…

En général je suis plutôt réservée et montrent difficilement mes peines. Je garde tout pour moi, mais cette année j’ai eu besoin d’en parler c’est un grand cap, vingt ans. J’ai perdu ma mère à l’âge de neuf ans. Et je m’en souviens comme si c’était hier, la mort d'une mère est une chose qui ne ressemble à rien et qui est totalement personnelle, donc intransmissible. Je ne peux donner de conseil pour mieux vivre la toussaint, car la détresse de chacun est naturelle. La solitude et la peine est la chose la plus partagée du monde. Ce qui est très dur c'est certainement de vivre ce passage de la vie aussi jeune. J'ai vu longuement partir ma mère, elle s'est vue elle-même partir à travers plusieurs interminables mois de maladie.

Grandir et devenir femme. M’a toujours effrayé. J’ai longtemps pris peur et fuie. Vivre sans mère et s’imaginer devenir mère. On ne peut raconter les dialogues, ni même les imaginer, ni rien partager. Ces moments sont uniques, et le sont différemment pour chacun. Après le sentiment de culpabilité oppressant - c'est peut-être le seul point commun  qu'on a tous devant la mort, quand on regrette d'avoir fait trop ou pas assez, ou pas à temps - la douleur ne veut rien dire. Le chagrin est plutôt une grande nostalgie de soi-même, de l'enfant choyé qu'on ne sera plus. Pas vraiment un regret du parent décédé, qui échappe désormais à la douleur physique, à la maladie, à la dimension du temps qui ne s'écoule pas et dont ma mère voulait tant qu'il s'arrête, qu'il lui rende sa liberté.

Quant au deuil, il est lent et long à cicatriser. Et je suis passée par beaucoup de phases … Phases d'amour et de tendresse pour ma mère, par des moments de culpabilités, mais aussi de vif ressentiment sur les choses qui nous séparaient, des phases d'éloignement et de rapprochement. Pour finir aujourd'hui par une sorte de réappropriation sereine : je porte ma mère en moi comme elle m'a porté enfant. Elle vit à travers moi ce qui me reste à vivre, il paraît que je lui ressemble beaucoup et ça me remplie de joie. Après tout c’est peut-être ça la vie : on se la transmet de génération en génération et on prolonge celle de la génération précédente, de la longueur de sa propre vie. Une chaîne ininterrompue

Son absence est compensée par une étonnante présence, comme si la distance quotidienne et habituelle avait été abolie. Je ne sais plus en quoi je crois. J’ai trop de doute en moi. Je ne sais rien de la vie éternelle, et n'espère surtout pas la résurrection de corps vieillis et usés. Mais je sais que je sais qu'il y a une présence, au-delà de la mort et de la durée, et c'est l'espoir que je porte pour moi, et qui finalement nous guide tous. La mort n'est pas une défaite. Elle est un passage. Il faut vivre avec…